Amicale Cycliste Cherbourg Cotentin
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Entre passion et engagement : rencontre avec Hervé Corbin

Président du club de 1985 à 1996, Hervé a accepté de partager avec nous les souvenirs de ses belles années à la tête de l’Amicale. Avec passion et sincérité, il est revenu sur les défis relevés, les moments forts qui ont rythmé sa présidence et l’esprit qui animait le club à cette époque. Il nous a également livré son regard toujours aussi avisé sur l’évolution du monde du vélo.

A3C : En 1985, tu as pris la succession de Christian Dutertre à la présidence de l’ACO, devenue aujourd’hui l’A3C. Dans quel état d’esprit as-tu accepté de prendre les rênes du club ? Qu’est-ce qui t’a motivé à t’engager dans cette aventure ? Finalement, combien d’années as-tu consacré à la présidence ?

Christian a précédé Hervé à la présidence du club

Hervé : En 1983 mon fils Cyrille était à l’école de cyclisme à l’A.C.O. et moi-même licencié cyclo au club. Christian ayant appris que j’avais été précédemment dirigeant à l’U.S.T. Equeurdreville, au Vélo club Granvillais et au Michel Lair, c’est tout naturellement qu’il m’a proposé de le remplacer.
Ma motivation pour le remplacer se résume tout simplement à savoir redonner ce que j’ai reçu, jusqu’à maintenant, c’est ce qui m’a toujours guidé dans mes différents engagements.
J’ai été dix ans à la tête du club. Mais j’avais une formidable équipe pour m’accompagner avec sérieux et je dirais professionnalisme. La tâche n’était pas simple au début avec l’arrêt de Christian, le secrétaire Daniel Mesmeur et son épouse Colette trésorière qui arrêtaient également, il fallait tout réorganiser et reconstruire.

A3C : A la fin des années 1980, l’ACO est devenue le premier club de la Manche, puis de la Normandie avec plus de 150 licenciés. Comment peux-tu expliquer cette attractivité ?

Hervé : Christian avait parfaitement développé la section cyclo, moi je me suis attaché dès le début de ma présidence à faire grandir la section compétition. En 1989 nous devenons le premier club de Normandie en nombre de licenciés avec 110 cyclos et 50 coureurs. En 1990 nous sommes 120 cyclos et 60 coureurs.
En 1993 c’est le plus grand nombre de licenciés sous ma présidence. Nous avons créé la section féminine, ce qui a contribué à faire grandir le club. Nous étions arrivés à 228 licenciés se composant de la façon suivante : 140 cyclos hommes – 20 cyclos femmes et 68 coureurs.
Nous avons mis en place de nombreuses organisations pour les cyclos : Paris – Octeville, Octeville – Brest, Octeville – Rennes et retour, 10 heures d’Octeville et plusieurs grandes sorties locales et régionales. La plus belle randonnée que nous avons organisée : Octeville – Weiden en Allemagne, 1 250 km sur 5 jours.

Le club était bien représenté lors du Bordeaux-Paris de 1992 (Hervé est à droite)

Nous avons participé à de grandes épreuves cyclosportives, comme Bordeaux – Paris, l’Etape du Tour de France, la randonnée de la Voie de la Liberté, etc. L’ensemble de ces manifestations a créé un lien pour l’ensemble des licenciés.
A cette époque nous avons eu beaucoup de jeunes licenciés, des enfants de cyclos principalement.
Le lien était très fort entre cyclos et coureurs, il y avait une réelle communion. Notre échange avec le club Allemand Weiden a contribué à renforcer cette union.
Nous avons organisé des séjours aux sports d’hiver, des soirées dansantes, des repas entre cyclos et coureurs, des lotos, des tombolas et d’autres animations. Ces manifestations ont contribué au développement du club et permis son financement.

A3C : Parmi ces années à la tête du club, quels sont les moments forts qui t’ont le plus marqué ? Y a-t-il des souvenirs, des réussites ou des instants de vie du club qui te tiennent particulièrement à cœur ?

Hervé : Ce que je retiens en premier c’est la camaraderie, l’amitié et l’ambiance qu’il y avait dans l’équipe de dirigeants. Egalement la communion entre les cyclos et les coureurs. Les Assemblées Générales du club avec la participation de plus de 400 personnes à la soirée de remise des récompenses, c’était la fête, la joie pour tout le monde.
Les titres de champion de Normandie gagnés sur la route et sur piste ont été des moments très forts. Pour terminer, je dirai qu’aucune victoire ne m’a laissé indifférent et tous les lundis soir nous marquions l’événement à la permanence du club.
J’ai toujours été admiratif des coureurs et des sacrifices qu’ils faisaient pour être compétitifs.
Mais l’événement qui a été à mon avis exceptionnel, c’est d’avoir organisé la randonnée vers Weiden en Allemagne, 1 250 km en 5 jours avec 20 participants coureurs et cyclos.
Ensuite nous avons été rejoints par des membres du club et leurs conjoints. Nous sommes restés une semaine chez nos amis Allemands. Sur le chemin du retour, nous avons assisté l’arrivée du Tour de France sur les Champs-Elysées. Pour tous ceux qui ont vécu cet événement exceptionnel, c’est un souvenir inoubliable.

A3C : Tu as cessé de pratiquer le cyclisme depuis quelques années. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ? Nous savons que tu restes très actif sportivement. Quelle est aujourd’hui ton activité sportive dominante ?

Hervé : En 2013, je suis devenu gouverneur du Rotary International, ce qui a entraîné de nombreux déplacements en France et à l’étranger, donc moins de disponibilité pour la pratique du cyclisme. C’est pourquoi je me suis mis à la course à pied. Actuellement je fais 2 à 3 sorties la semaine de 12 à 13 kilomètres. Pour mon anniversaire en septembre 2024, j’ai fait la distance d’un semi-marathon.
Bien évidemment ce n’est pas l’ambiance des sorties cyclos.

A3C : Ta passion pour le cyclisme ne t’a jamais quitté, et nous savons que tu continues à suivre la vie du club. Quel regard portes-tu sur son évolution ces dernières années ?

Hervé : Ma passion pour le cyclisme reste toujours aussi importante, le cyclisme a été un fil conducteur dans mon parcours personnel. Tous les ans je vais voir des étapes du Tour de France, des championnats et certaines courses locales ou cyclo-cross. Bien évidemment, je suis la vie du club, et loin de moi d’être critique, je reste toujours admiratif des personnes qui s’engagent, mais il faut savoir passer le relais lorsque la motivation et l’envie ne sont plus là.

A3C : Le cyclisme amateur, que ce soit au niveau local ou national, traverse aujourd’hui une période difficile. Les courses se font plus rares, notamment en raison du manque de bénévoles et de la baisse du nombre de coureurs. Comment analyses-tu cette situation ? Selon toi, quelles pistes pourraient être envisagées pour enrayer cette tendance et redonner un nouvel élan au cyclisme amateur ?

Hervé : En répondant à cette question, je vais indirectement compléter la question précédente.
Tout d’abord nous assistons à un phénomène de société, c’est le sport loisirs qui domine pour ceux qui pratiquent, mais surtout sans contrainte.
Est-ce que notre société va retrouver le goût de l’effort, je n’ai pas la réponse.
Par contre le sport cycliste est le sport le moins soutenu sur le plan financier surtout dans notre région. Il suffit de prendre l’exemple de la Vendée et d’Aubervillers ou le sport cycliste se porte très bien, de l’école cycliste à l’équipe professionnelle, la raison est tout simplement une volonté politique, ce n’est pas plus compliqué que cela.
Il faut des moyens financiers, les collectivités font des investissement très importants pour les autres sports et c’est très bien. Pour le cyclisme c’est quelques petites subventions par-ci par-là, ce n’est pas suffisant, nous ne pouvons fonctionner de cette manière.
Le sport cycliste coûte très cher en matériel et déplacements, aujourd’hui c’est une charge trop importante pour les familles.
Sur le plan local pour relancer le cyclisme, il faudrait tout d’abord remettre la piste d’Equeurdreville en état, mettre des vélos à disposition pour les enfants qui débutent. Il faut repartir à la base avec la jeunesse, je dirai faire de la piste, du BMX et du VTT en mettant les moyens pour accompagner les familles.
Sur Cherbourg-en-Cotentin, il faut fusionner les clubs.
Ensuite aller voir les collectivités avec un projet d’ensemble sur plusieurs années. Les partenaires prioritaires doivent être la ville, la CAC, le département et la région et ensuite les sponsors, c’est un programme sur le long terme.
Il faut créer une équipe Elite qui va servir de locomotive pour attirer les jeunes vers le sport cycliste.
A mon avis le cycliste est devenu le parent pauvre par rapport aux autres sports, c’est pourquoi il faut une démarche unitaire auprès des collectivités.

A3C : Aujourd’hui, le cyclisme professionnel semble de plus en plus formaté, où tout est calculé, laissant peu de place à l’initiative individuelle des coureurs. Quel regard portes-tu sur cette évolution ?

Hervé : C’est l’évolution de tous les sports depuis plusieurs années. Les enjeux financiers sont devenus tellement importants pour ceux qui investissent qu’ils souhaitent un retour sur investissement le plus rapidement possible. Les salaires des coureurs ont explosé, tant mieux pour les coursiers, mais cela entraîne d’autres contraintes, nous ne reviendrons pas en arrière. Aujourd’hui, c’est la mondialisation du sport cycliste comme dans d’autres domaines, c’est l’évolution de la société bonne ou mauvaise.
Ce n’est pas le sport français qui changera grand-chose à cette évolution, il doit s’adapter sinon nous n’aurons plus de champions.
Aujourd’hui le matériel, les équipements sont formidables, nous ne reviendrons pas aux maillots et collants en laine avec peau de chamois. La diététique a évolué d’une façon phénoménale, c’est une grande et belle évolution pour les sportifs ainsi que le suivi médical.
Actuellement nous avons la chance de compter quatre ou cinq grands champions cyclistes qui, bien qu’ils ne soient pas Français, apportent un vent de fraîcheur. Ils dynamitent les courses qui sont de plus en plus intéressantes à regarder
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A3C : Souhaites-tu développer un autre sujet ?

Hervé : Simplement une suggestion, le président départemental cycliste est un cherbourgeois, il faut en profiter pour l’associer à une démarche collective pour développer le sport cycliste à Cherbourg-en-Cotentin.
Il part avec un handicap, il n’a jamais dirigé un club cycliste mais avec de la volonté il peut fédérer l’ensemble des clubs en les mettant autour d’une table pour bâtir un projet sur les années à venir.
Nous avons deux exemples à Cherbourg-en-Cotentin : la JSC qui s’est organisée pour grandir et durer, et l’AS Cherbourg Football qui repart sur des bases saines pour progresser à nouveau et rejoindre l’élite.
Ces deux clubs sont très professionnels, rien n’empêche d’appliquer les mêmes méthodes.

Un passionné de cyclisme

Entretien réalisé en novembre 2024